le carnet de Bastien Faudot

mercredi 3 mars 2010

"Seule la guerre perdue est un crime"

Un essai remarquable du philosophe italien Danilo ZOLO est paru à l’automne dernier. La justice des vainqueurs (de Nuremberg à Bagdad) confronte la fonction réelle des juridictions internationales depuis  1945 à leurs prétentions affichées.

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Tribunal international de Tokyo, juillet 1946

«Quand on étudiera en détail la conduite des nations, on découvrira qu’il existe une loi selon laquelle seule laguerre perdue est un crime.» : cette citation en exergue de l’essai de Danilo Zolo a été prononcée en  1946 par le juge indien du tribunal international de Tokyo, Radhabinod B. Pal1.  Le cynisme apparent de cette affirmation, faisant fi de la question morale, s’avère rétrospectivement d’une tragique lucidité.
Le philosophe italien prend le parti d’expliquer la genèse de la justice internationale dont il observe qu’elle a muté progressivement sous l’influence de la culture nord-américaine au lendemain de la première guerre mondiale. Aux côtés des Etats, les individus sont devenus des sujets de l’ordre juridique international et passibles de sanctions pénales.
A partir de 1945, les nations victorieuses ont organisé la mise en accusation de ceux qu’elles considéraient responsables des guerres d’agression : les tribunaux de Nuremberg et de Tokyo ont été mis en place à cet effet.
Pourtant, et malgré les nouvelles dispositions du droit international rédigées par le camp des vainqueurs  de 1945, les deux superpuissances américaine et soviétique, ont multiplié des guerres d’agression caractérisées (les Etats-Unis au Viet-Nam, l’Union sociétique en Afghanistan) et les opérations extérieures plus ponctuelles (Guatemala, Cuba, Liban, Libye, Panama...). Les puissances victorieuses recourent quant à elles à la puissance militaire en s’affranchissant des règles qu’elles énoncent pour les autres.
Depuis les années 90, «la justice des vainqueurs» a refait son apparition : les tribunaux pénaux internationaux à La Haye pour l’ex-Yougoslavie, à Arusha pour les crimes du Rwanda et le tribunal spécial de Bagdad ont puni les chefs politiques et militaires adversaires des coalitions de l’OTAN. Aucune plainte déposée contre l’OTAN n’a jamais été retenue par le procureur général Carla del Ponte, de même que les massacres atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki ne firent jamais l’objet d’aucune remise en question.
Le système dualiste de la «justice internationale» est parfaitement décrit par Danilo Zolo. La raison structurelle de ce deux-poids-deux mesures est simple : il n’y a de justice que lorsqu’un pouvoir exécutif est suffisamment puissant pour en faire exécuter les décisions.
Dès lors, Danilo Zolo décrit cette justice internationale à rebours de ses propres prétentions : elle est marquée par la partialité des acteurs et constitue le sournois prolongement du droit du plus fort.
L’avantage de la doctrine de la justice internationale se trouve toute entier dans son habillage vertueux. 
Cette analyse rejoint celle exprimée par le romancier David Di Nota  : «il faut énoncer cette vérité pascalienne sans faiblir, car ce n’est pas protéger le plus faible que de le bercer de balivernes juridiques, c’est ajouter au plus fort le prestige d’une bonne conscience qu’il ne mérite pas.»
Historiquement, le processus de criminalisation juridique de la guerre (c’est-à-dire la discrimination de l’ennemi comme criminel) a servi de justification à l’interventionnisme anglo-saxon. A partir des années 80, les revendications de guerres justes (humanitaires ou préventives) sont venues succéder à l’antique guerre sainte. Cet enjeu s’avère désormais décisif pour les puissances occidentales qui tentent d’enraciner leur hégémonie.couv_zolo
Le philosophe italien conclut sur la contradiction la plus grave : la justice internationale s’est compromise en servant des objectifs contraires à ceux qu’elle prétendait défendre. Elle offre en conséquence une «contribution à la cause de  la haine et de la terreur».

Bastien Faudot


(Texte paru dans le numéro de mars du journal Citoyens militants)


1 Radhabinod B. Pal s’était opposé alors, avec le juge français Henri Bernard, à la classification de crime co
ntre la paix. Ils avaient rédigé un mémoire de désapprobation consécutivement aux jugements dont ils s’étaient désolidarisés. Le juge Bernard a aussi compilé dans ses écrits les réserves que lui inspiraient la juridiction à laquelle il participa.

2. Entretien de
David Di Nota, revue Chronic’Art, janvier 2009.

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dimanche 28 février 2010


Vincent Courtillot et le réchauffement climatique
par VideoScopie

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mercredi 24 février 2010

Les Français sont-ils dévots ?

Snuffit1Rien de neuf sous le soleil, sinon qu'il chauffe, malgré les vagues de froid, mais il semble qu'elles le doivent elles aussi au réchauffement comme l'indiquait très récemment – et très sérieusement – la délicieuse rubrique « Planète » que Le Monde commet désormais quotidiennement.

Rien de neuf sous le soleil puisque depuis Moïse, l'humanité est coupable. Coupable d'exister et de peupler ce bout de caillou perdu dans l'univers, que la Providence a eu la légèreté de nous confier. Rien de neuf parce qu'il serait bien présomptueux d'imaginer que les religions, officines où naissent, fleurissent et se développent toutes les culpabilités, aient pris un coup dans l'aile. Jusqu'ici, il n'y avait guère qu'en France, grâce à l'intermède blasphématoire de la IIIème République, qu'elles étaient priées de se recueillir à l'ombre de leurs édifices. En témoigne l'emblématique arrêté d'Eugène Thomas, maire du Kremlin-Bicêtre, interdisant le port de la soutane dans la rue. C'était en 1900. Cent-dix années plus tard, on se contorsionne pour esquiver l'interdiction d'une soutane intégrale, la burqa. Interdire, c'est pas très moderne. Les temps ont changé mais c'est une autre histoire.

Et voici donc qu'apparait, au cœur de l'espace laïc, la religion de ceux qui ont bazardé la soutane par-dessus bord en 68. L'écologie est une religion de diacres : sans curés, sans mollahs, sans rabbins. Se débarrasser de tout accoutrement trop repérable était précisément une condition pour qu'elle puisse éclore incognito. Mais voici que nos diacres sont sortis de l'anonymat et nous gratifient de toute la liturgie nécessaire pour installer durablement leurs offices.

Ils ont leur divinité (mère Nature), leur culpabilité (l'homme souille l'environnement), leur sourate (il faut sauver la planète), leurs exaltés (Greenpeace), leurs sainte Inquisition – encore inoffensive (Copenhague), leurs icônes (les émouvantes photographies de Yann Artus Bertrand), leurs indulgences (la taxe carbone), leur missel télévisuel (Ushuaïa), leur jeûne (la bouffe bio), leur rite (le tri sélectif), leur voie du Salut (par le calcul de l'empreinte écologique).

Ils ont enfin imaginé une vraie théologie, arrimée à trois injonctions : le développement durable (vœu d'éternité), la décroissance (vœu de pauvreté) et le principe de précaution (vœu d'abstinence).

« Le XXIème siècle sera éco-responsable, ou le XXIIème ne sera pas. Ainsi soit-il. » Il y a fort à parier que le retour sur investissement sera à la hauteur de leurs espérances. La caisse de résonance promet un avenir radieux à cette religion vachement cathodique.

Les prochaines élections régionales permettront de répondre à cette angoissante question : les Français sont-ils redevenus dévots ?

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dimanche 13 décembre 2009

dewplayer

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Vidéo de BLU

COMBO a collaborative animation by Blu and David Ellis (2 times loop) from blu on Vimeo.

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"Montrer du doigt....

Sarkozy_pointe_du_doigt




















C'est encore le plus sûr moyen d'être du bon coté du doigt"
Frédéric Lordon

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vendredi 27 novembre 2009

Arraisonner la finance

Lordon 

Chez Frédéric Lordon, l’impertinence n’est pas une posture éculée : elle est le signe le plus manifeste d’une pensée pertinente débarrassée de toute complaisance. Cet « éconoclaste », ancien élève de l’école des Ponts et Chaussée, directeur de recherches au CNRS, s’est appliqué depuis déjà fort longtemps à défricher la jungle du capitalisme financier. Dans son dernier opus, il nous offre à comprendre comment la surchauffe de la mécanique a conduit à une crise économique sans précédent, « celle dont on fait les grandes tornades politiques et sociales ».

Au moment où les commentateurs semblent célébrer les premiers signes de la reprise, Lordon regarde déjà au loin et nous invite à ranger la tentation de l’euphorie. Si la tornade de la finance à l’automne 2008 est bien achevée, elle est le symptôme d’une crise plus profonde : celle de la configuration présente du capitalisme. D’après l’économiste, elle a pour origine un excès d’endettements privés généralisé. A l’heure où les dirigeants de la planète se félicitent d’avoir endigué la déconvenue des subprimes, d’autres catégories de dettes vont arriver par convois et vont malmener les bilans des banques à court et moyen terme. Faute d’avoir répondu structurellement aux causes agissantes, d’autres funestes mésaventures doivent être considérées.

De surcroît, la récession nous entraîne de Charybde en Sylla. La crise économique et sociale résultant de la crise financière est une machine à produire de la mauvaise dette. Les destructions d’emplois se multiplient et viennent grossir les rangs des ménages insolvables. Auxquels s’ajoutent l’insolvabilité d’entreprises fragilisées par la conjoncture maussade.

Selon Frédéric Lordon, le « capitalisme de basse pression salariale » contient en germes ce risque systémique de crises en cascade. Le salarié, devenu variable d’ajustement, est dans l’étau d’une double contrainte : la contrainte actionnariale et la contrainte concurrentielle. Or la stagnation salariale produit une crise de sous-consommation chronique qui a été artificiellement contournée par le recours généralisé au crédit. C’est cet artifice que l’épisode des subprimes a révélé au grand jour et qui nous conduit dans une impasse : soit on recommence « en droguant la consommation au crédit », soit la croissance est durablement déprimée.

Face à cette impasse, la nouvelle donne doit s’attaquer au noyau dur du système. Dans La crise de trop, les propositions formulées sont à la mesure du caractère saillant et intransigeant de la critique. L’assainissement de la finance passe par le retour des contraintes par la loi pour éviter à l’avenir la formation de nouvelles bulles spéculatives.

Détour par l’histoire. En France, la mutation eut lieu en 1984, date à partir de laquelle Frédéric Lordon estime que le capitalisme a muté dans sa version anti-salariale. Devenus des coûts dans la compétition internationale, le salaire et les investissements ont progressivement décru dans le partage du PIB, au profit de la rémunération actionnariale. Paradoxe de l’histoire, les ingénieurs de cette évolution et de la dérèglementation furent socialistes : loi de dérèglementation des marchés financiers en 1986, Acte unique, directive Delors-Lamy en 1988 pour la mobilité des capitaux, réduction de la fiscalité sur les revenus du capital (1990), régime fiscal pour stock-options (1998), mise en place du fonds de réserve sur les retraites en 1999 qui fonctionne comme un fonds de pension, promotion de l’épargne salariale (2001)...

 En 2008, Frédéric Lordon avait déjà formulé 4 principes et 9 propositions pour en finir avec les crises financières1. Dans La crise de trop, il énonce une mesure «contre la démesure actionnariale» qui pèse en permanence sur les salariés: le SLAM. Ce dispositif fiscal vise à plafonner la part des rémunérations actionnariales à 6 ou 7% lorsqu’elles affichent aujourd’hui des taux dépassant allègrement les 20%, parfois 30 à 40% des capitaux propres. Les sommes encaissées grâce à ce nouvel impôt doivent permettre d’abonder un fonds public de participation anti-OPA qui aurait pour vocation de sécuriser le capital des entreprises françaises les plus exposées sur le marché.

L’économiste ne s’arrête pas en si bon chemin. Il prône la constitution d’un pôle public de banques par le biais d’un retour à une nationalisation du crédit sinon intégrale, du moins très largement majoritaire. Cette nationalisation appelée « Système socialisé du crédit » attribue à la sécurité des dépôts le statut d’un bien public. L’Etat recouvrirait dans un même mouvement le pouvoir de création monétaire...

Pour Frédéric Lordon, arraisonner la finance prend un sens double : il s’agit tout à la fois d’aborder sans préséance ce navire sans capitaine et de ramener l’équipage à la raison. L’exigence scientifique de l’économiste conjugue à la fois une capacité de vulgarisation soucieuse d’exactitude et un humour chevillé à la plume. Une bouffée d’oxygène.

1 Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Frédéric Lordon, Raisons d’Agir, 2008, 9,5€

Posté par faudot à 00:51 - Livres - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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